Paul à la une du dernier "Reader's Digest" édition Québécoise

Publié le par Stephane

Paul McCartney à la une du "Reader's Digest" de décembre.

( édition Québécoise )

L'édition Québécoise du "Reader's Digest" consacre donc sa une de décembre à paul avec un longue interview  ( réalisée avant le début de l'US Tour ) et un petit quizz de 10 questions ( le lien pour y répondre est cité en fin d'article)

Comme tout le monde n'a pas la chance de résider au Québec ( N'est ce pas Julie ?! ) , vous trouverez ci dessous une retranscription de l'article.

Ce mois-ci dans Selection du Reader's DigestCe mois-ci dans Selection du Reader's DigestCe mois-ci dans Selection du Reader's Digest

L’évangile selon Sir Paul

PAR LINE ABRAHAMIAN


A 63 ans, l’ex-Beatle est de tous les combats contre la pauvreté et se dit «en harmonie avec l’esprit du bien»

«Qui sait? A 40 ans, on ne sera peut-être plus fichu d’écrire des chansons», déclarait à 21 ans Paul McCartney face à un reporter de la BBC qui lui demandait comment les Beatles imaginaient leur avenir. Le jeune rebelle à la coupe célèbre ignorait que, 42 ans plus tard, enfoncé dans un profond fauteuil de ses luxueux bureaux new-yorkais, il discuterait avec une journaliste de Chaos and Creation in the Backyard, son 20e album depuis la dissolution du célèbre quatuor. S’il coiffe sa crinière brune de manière plus sage, le chanteur de 63 ans n’a rien perdu de sa verve et de son insolence.

Mais le McCartney d’aujourd’hui parle plus volontiers de son passé. Il se laisse même aller à raconter des anecdotes sur «Johnny» (Lennon), du temps où ils étaient une paire de joyeux complices un peu fêlés, grattant la guitare dans les pubs de Hambourg et de Liverpool. Sir Paul est aussi plus heureux dans sa vie personnelle, grâce à sa fille Beatrice – son portrait en miniature – et à sa femme, Heather Mills, qu’il a épousée il y a trois ans, après la mort de Linda Eastman, sa compagne de presque 30 années. Il mise plus sur la transparence: dans son nouvel album, le plus intime jusqu’à ce jour, il laisse entrevoir l’homme derrière la légende.

«D’ordinaire, dit-il, quand quelqu’un me blesse, j’encaisse et je passe à autre chose. Ou alors, j’écris une chanson joyeuse pour m’aider à surmonter ça. Par contre, sur cet album, je me suis dit: Ne refoule pas tes sentiments. Mets-les en chansons.»

Il en a résulté un disque plus substantiel, avec une touche «Beatles», et un McCartney plus mûr. Il insiste sur ce point.

Juste avant qu’il ne parte pour une tournée de 37 villes, dont les billets se sont envolés plus vite que jamais, nous avons discuté avec lui de son nouveau style musical, de John Lennon et de ce qui parvient à faire pleurer les garçons de Liverpool.

Line Abrahamian: Sur cet album, est-ce que vous vous dévoilez plus que sur les autres?

Paul McCartney: Je crois bien que oui. A mon avis, un artiste doit se fixer des règles à ce sujet. J’ai des limites strictes en ce qui concerne les paparazzis. Et, quand on m’interrompt au restaurant au milieu d’un tête-à-tête romantique, je dis aux gens: «Excusez-moi, mais nous sommes en privé.» Et ils comprennent. J’accepte de leur parler, mais je ne veux pas signer d’autographes pendant un repas. Heather me dit: «Ça t’aurait pris une seconde de signer un autographe alors que tu as passé cinq minutes à parler à cette personne.» Mais je préfère ça. Pour moi, c’est signe que je maîtrise la situation, que je reste moi-même, que je n’ai pas été avalé tout cru par le monstre de la célébrité. Dans les chansons, c’est une autre histoire: je peux me dévoiler un peu plus.

L.A.: Y a-t-il un clin d’œil aux Beatles dans cet album?

McCartney: Dans Friends to Go, j’ai eu l’impression de jouer du George Harrison. Au temps des Beatles, George aurait pu arriver avec un truc semblable: sur le plan mélodique, ça lui ressemble. J’ai commencé à jouer un accord sans trop savoir où je me dirigeais. Puis une idée a surgi: j’attendais de l’autre côté et je voulais traverser pour aller voir mon ami. Mais de l’autre côté de quoi? De la route? Du monde? Dans «l’autre monde»? Avouez qu’un psychiatre aurait de quoi se mettre sous la dent! Mais l’idée de base, c’est celle-ci: «J’attends, je suis seul, mais ne t’en fais pas pour moi, je vais bien.» Je suis nul pour analyser mes chansons. A vous de jouer.

L.A.: Il se pourrait que vous soyez...

McCartney:…un détraqué? [Rires.]

L.A.: Peut-être avez-vous le regard tourné vers George, Linda ou John, qui sont passés dans le monde des esprits?

McCartney: C’est vous qui analysez. Dites-moi tout.

L.A.: Vous voulez peut-être leur dire qu’il n’est pas encore temps pour vous de les rejoindre.

McCartney: Ça pourrait être ça. [Petit sourire en coin.]

L.A.: Vous avez déclaré que Follow Me, un des titres du nouvel album, était quasiment une chanson religieuse. Or, au cours des années 60, vous disiez ne pas croire en Dieu. Avez-vous changé?

McCartney: Je crois dans l’esprit du bien. Ainsi, je peux me sentir proche des chrétiens, des juifs, des bouddhistes, des musulmans. A mon avis, ils essaient tous de transmettre le même message: il faut choisir entre le bien et le mal. Dieu et le diable sont des personnalisations de ces forces. Je n’adhère à aucune religion en particulier, mais je me sens en harmonie avec l’esprit du bien. Je ne saurais trop dire toutefois si un vieillard barbu trône dans les cieux…

L.A.: Votre sentiment était-il le même au cours des années 60?

McCartney: J’ai un peu évolué. En vieillissant, ça devient plus important d’avoir des convictions parce que des tas de choses vous sollicitent. Vos enfants vous demandent «Papa, qu’est-ce que ça veut dire?» et vous devez avoir une opinion là-dessus.

C’est étrange que ma chanson Let It Be soit presque devenue un hymne religieux. Ma mère s’appelait Mary. Elle est morte quand j’étais adolescent, et j’ai connu de mauvaises passes au cours des années 60, sans doute parce que j’en faisais trop; c’était devenu insensé… Alors, je l’ai vue en rêve, et elle m’a dit: «Ne t’en fais pas fiston, lâche prise et tout va bien se passer.» Et j’ai pensé: Voilà de bonnes paroles! «Respire par le nez.» A mon réveil, j’ai écrit: «(...) dans un moment de désarroi, ma mère Mary est venue vers moi (…)» Evidemment, pour les catholiques, il s’agit de la Vierge Marie. J’ai entendu Let It Be juste avant d’écrire Follow Me et je me suis dit que c’était bien que les gens aient une chanson qui puisse leur servir d’hymne dans les périodes difficiles.

L.A.: A quoi pensiez-vous lorsque vous avez écrit Too Much Rain, dans laquelle vous dites «Trop de pluie dans une vie, ce n’est pas juste»?

McCartney: Je pensais à Heather, qui a eu une enfance très difficile. Comme si ce n’était pas assez, elle a perdu une jambe. Et maintenant, je constate que les médias la malmènent. C’est étrange quand on y songe: toutes mes compagnes sont passées par là. Linda a vécu des moments assez pénibles. Nous sommes des points de mire, il est vrai; n’empêche qu’il est très ennuyeux de recevoir ces flèches. Il faut savoir faire front. Mais je veux offrir une vie heureuse à Heather, après tout ce qu’elle a traversé.

Too Much Rain s’inspire de Smile, une chanson écrite par Charlie Chaplin. «Souris, même si ton cœur fait mal» [il fredonne] devient dans la mienne «Ris, même si les larmes te brûlent les yeux». Et, bien sûr, ça vaut aussi pour moi. Je ne pense pas qu’il y ait sur terre une seule personne à ne jamais avoir eu le cœur lourd.

L.A.: Sur votre nouvel album, on a l’impression que l’amour vous a pris par surprise; que vous avez eu du mal à l’accepter au début, mais que maintenant vous lui ouvrez grand la porte.

McCartney: Oui, je crois que vous avez raison. Je suis sans doute plus à l’aise quand j’écris une chanson sur quelque chose que j’aime. J’aime l’énergie positive.

L.A.: Le rock a-t-il déjà été un exutoire pour ventiler votre douleur ou votre colère? N’avez-vous pas commencé à faire de la musique à la mort de votre mère?

McCartney: C’était à peu près à la même époque, mais non, ça n’a rien à voir. Je veux dire, j’écoutais Elvis Presley chanter Don’t Be Cruel et Hound Dog, et, pour moi, c’était juste de bonnes chansons, avec un bon rythme et de bonnes paroles. Je n’ai jamais pensé qu’Elvis m’aidait à libérer ma colère.

Il avait le pouvoir de me débarrasser de mes maux de tête, toutefois. [Rires.] Un jour, j’ai fait jouer All Shook Up alors que je souffrais le martyre; à la fin du morceau, mon mal de tête s’était volatilisé.

L.A.: Selon vous, les mots ont un effet bénéfique. Il semble que votre chanson Here Today vous ait aidé à vivre le deuil de John Lennon. Vous avez écrit: «Et je ne retiens plus mes larmes.» Mais pourquoi avez-vous tant tardé à exprimer vos émotions?

McCartney: Parce que je suis un gars.

L.A.: Impossible que ce soit la seule explication.

McCartney: Pourtant, si. N’oubliez pas que je viens de Liverpool. Là-bas, les gars ne pleurent pas: ce sont des durs. Nous autres, les gars, nous ne parlons pas de ces choses. Nous les refoulons.

L.A.: Pourtant, à la disparition de Linda, vous avez pleuré.

McCartney: Oui, j’avais mûri. Maintenant, j’écrase un brin d’herbe et je pleure. Enfin, il m’en faut peut-être un peu plus, mais j’arrive à extérioriser mes émotions. Quand j’étais plus jeune, croyez-moi, ça ne se faisait pas. Même si un film était très émouvant, nous restions imperturbables; seules les filles pleuraient. Nous sommes anglais, ne l’oubliez pas. Nous avons une certaine réserve.

L.A.: Avez-vous pleuré lorsque votre mère est morte?

McCartney: Oui, mais en privé. Les gens étaient comme ça à l’époque. Maintenant, on a appris que c’est normal de pleurer. Mais il y a encore des tas de gens qui ne veulent pas qu’on les voie pleurer, peu importe la raison. Moi, j’ai surmonté ça. Je me dis que Dieu ne nous aurait pas donné les larmes s’Il ne voulait pas qu’on pleure.

L.A.: Aujourd’hui, vous semblez mieux disposé à évoquer votre passé avec les Beatles. Cette époque vous inspire-t-elle moins d’amertume?

McCartney: Il n’y en a jamais eu beaucoup. C’est seulement au moment de notre séparation qu’il y a eu une période amère, ou plutôt douce-amère. Nous n’avons pas cessé de nous parler. Aujourd’hui, je porte un regard affectueux sur cette époque. Je me sens toujours lié à John par la pensée et je me dis que c’est triste qu’il ne soit plus là, ainsi que George. Mais il est certain que j’en parle plus volontiers maintenant, parce que j’ai mûri.

L.A.: Vous répétez souvent que vous avez mûri.

McCartney: Parce que c’est vrai. A mon avis, avec un peu de chance, on finit par grandir, mentalement et émotionnellement. Emotionnellement surtout, c’est le plus important.

L.A.: Pouvez-vous nous raconter une histoire drôle sur John Lennon? Inédite, de préférence…

McCartney: Hmmm, Johnny. [Sourires.] C’était complètement fou la plupart du temps. A Hambourg, par exemple, nous avions l’habitude de boire beaucoup. Un soir, John était ivre mort; nous devions encore jouer, mais il n’était pas du tout en état de le faire. A côté de lui, nous avions l’air tout à fait sobres. Nous avons réussi à nous traîner sur scène, et il est apparu vêtu uniquement d’un slip et d’une lunette de toilettes autour du cou. C’était sa nouvelle image. Plus tard, il a dû chanter allongé par terre. [Rires.]

Avec le recul, je pense que nous étions comme des collégiens. On s’amusait énormément. L’image de John et moi errant dans les rues de Liverpool me revient parfois à la mémoire. Nous étions tout de noir vêtus; nous portions des «tuyaux de poêle» – des pantalons étroits – et la guitare en bandoulière. On ne se doutait pas le moins du monde qu’un groupe appelé les Beatles allait naître et que ça deviendrait un phénomène. Nous n’étions que deux ados sans un sou en poche. Un jour, dans une confiserie, John a acheté du chocolat. Il m’a dit: «T’en veux la moitié?» J’ai répondu: «Ça alors, tu daignes partager ton chocolat avec moi? Quelle classe!» [Rires.] Ce qui reste dans ma mémoire, ce sont les petites choses de la vie quotidienne.

L.A.: Etes-vous en relation avec Yoko Ono?

McCartney: Oui, on se parle de temps à autre. Notez que, sur ce plan aussi, j’ai fini par me faire à l’idée. Ce n’est pas que nous ne soyons pas amis; nous ne sommes simplement pas de grands amis. Je suis présentement à New York, mais je ne vais pas l’appeler. Et, si elle vient à Londres, elle ne me téléphonera pas non plus. De toute façon, il y a huit millions de personnes à New York que je ne vais pas appeler. Donc, ça ne pose aucun problème. C’est quelqu’un de bien, une grande artiste, et John l’adorait. Je dois respecter ça. C’est comme ça que je vois les choses.

L.A.: Vous étiez un adolescent quand vous avez écrit When I’m Sixty-Four. Voilà que vous atteindrez cet âge fatidique dans quelques années. Y pensez-vous?

McCartney: Vous vous trompez: ce n’est pas dans quelques années, mais l’an prochain! Mais il y a certainement une erreur sur mon acte de naissance. A vrai dire, je suis encore loin de cet âge.

C’est curieux, mais avec une chanson comme celle-là, on est vraiment porté à rire. J’avais 16 ans lorsque j’ai composé cette mélodie; c’est l’une des toutes premières chansons que j’ai écrites. Jamais je n’ai imaginé qu’à 64 ans je ferais encore face à la musique. Mes enfants m’ont dit l’autre jour: «Papa, l’an prochain, tu vas être forcé de quitter le devant de la scène.» J’ai répondu: «Je peux rester en plein milieu.» [Rires.]

Un jour, une dame m’a confié: «Je suis pianiste et je joue votre chanson dans un centre pour personnes âgées.» J’ai répondu: «Vraiment? Quelle chanson?» «Eh bien, celle qui parle de vos 64 ans. J’espère que vous ne vous en formaliserez pas, mais j’ai un peu changé les paroles. Je chante «Quand j’aurai 84 ans...», car 64 ans, c’est un peu jeune pour la plupart des pensionnaires.» [Rires.] «Quand j’aurai 84 ans…», ça me plaît. [Il fredonne.]

Pour répondre au quizz:

http://www.selection.ca/mag/2005/12/mccartney_quiz.php

 

Publicité

Publié dans Macca news

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
oui sympa , j'ai bien aimé quand il a parlé d'Heather. Bon un peu faux cul sur yoko car ils se détestent cordialement.
Répondre
J
Elle est terrible cette interview:) J'adore le passage sur son anniversaire.
Répondre